Biographie

nabila

Québécoise d'adoption depuis vingt cinq ans, Nabila Ben Youssef débute sa carrière professionnelle comme comédienne en 1986 dans son pays natal la Tunisie. Après une tournée en France, suivie d'une visite au Québec en 1995, cette rebelle choisit la liberté et décide de s'installer à Montréal. Rapidement, elle s'intègre à la scène artistique québécoise, tenant quelques rôles au théâtre et à la télévision. Lors d'une formation de Gestion de carrière artistique, elle découvre sa véritable passion : le stand up comique et s'inscrit à l'École Nationale de l'Humour en 2001. L'humoriste crée en 2005 un premier one woman show intitulé ARABE ET COCHONNE et se fait connaître du jour au lendemain suite à une apparition remarquable à l'émission Tout le monde en parle. Une fois produit par AVANTI, elle réitère ce spectacle sous le titre de ARABE ET COCHONNE BIO et entame une tournée dans plusieurs régions incluant le Québec, l'Ontario, l'Ouest canadien et même Saint-Pierre-et- Miquelon.

Elle prend ensuite rapidement sa place sur différentes scènes de l'humour au Québec, dont le Festival Juste Pour Rire de Montréal, Juste Pour Rire Vancouver, le Grand Rire de Québec, ainsi que le Festival du Rire d'Agadir au Maroc. En 2011, elle signe avec Juste Pour Rire la production de son deuxième spectacle DRÔLEMENT LIBRE qui lui a valu deux nominations, une au Gala de l'ADISQ et une autre au Gala Les Olivier. Elle lance son DVD en 2013 et un ans après, le spectacle est diffusé à TVA. Entre temps, elle participe à certaines émissions radio comme chroniqueuse, à plusieurs reportages et elle joue dans quelques télé-séries, comme Les beaux malaises, 30 Vies et Toute la vérité.

Après avoir conquis le cœur des Québécois, Nabila se produit en France en 2014 au Théâtre Popul'Air et à l'Auguste Théâtre de Paris où elle obtient un franc succès. À son retour au Québec, elle amorce le rodage de son troisième one woman show qui révèle un humour à la fois décapant et tendre, engagé et libre. On apprend à connaître la femme derrière les convictions puisqu'elle nous raconte la vérité, toute la vérité et rien que la vérité sur son parcours drôlement fou. C'est à l'automne 2016 qu'elle lancera officiellement ce tout nouveau spectacle.

Nabila Ben Youssef utilise l'humour pour transmettre une analyse forte et dérangeante. Elle ose aborder tous les tabous, quel que soit le sujet : l'exil et la liberté, la politique et la religion, l'amour et la sexualité. Des propos engagés qui font rire et réfléchir, c'est ce qu'elle propose habilement. Grâce à son humour satirique et son sens de l'autodérision, elle réussit même à faire tomber les préjugés. Mais toujours avec la ferme intention de faire rire.

J’ai toujours eu l’envie de me dépasser et je devais continuellement repousser les limites pour évoluer. J’ai souvenir d’une petite fille joyeuse, aimant tout exprimer à haute voix. Dès l’enfance, j’étais instinctivement poussée à rechercher la liberté du corps, et la danse était le seul moyen pour moi d’échapper aux tabous sociaux. Je ne manquais aucune occasion de danser (cérémonies, fiançailles, noces…). J’étais incapable de m’en empêcher, malgré les blâmes, les censures et les corrections. À l’époque, dans presque chaque film égyptien ou indien passé à la télévision, il y avait un mariage et, donc, des danseuses. À force d’imiter ces danseuses, j’ai appris à maîtriser la danse orientale que les occidentaux appellent « la danse du ventre ». Plus tard, quand mon corps d’enfant a peu à peu pris les formes d’un corps de femme, Je me suis inscrite à des cours de danse classique et moderne en cachette de la famille, afin d’éviter les objections et les reproches. Ce n’est qu’à mes quinze ans, lorsque je me suis, par hasard, initiée au théâtre, que j’ai commencé à comprendre ce qui était voilé : ma vérité, ma spontanéité, ma sincérité, mon audace. D’où ma colère. C’est cette colère que j’ai transformée. Elle m’a poussé à créer pour évoluer, pour me libérer de ma pudeur. C’est le théâtre qui m’a appris le pouvoir des mots. Ma mère n’a pas réussi à me convaincre de la nécessité de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de prononcer un mot. « Pour dire peu de choses, tu risques beaucoup! », répétait-elle souvent. Mais, je préférais prendre des risques plutôt que de me taire. J’ai suivi l’exemple de Schéhérazade, la narratrice des Milles et une nuits qui, par la simple magie des mots, a sauver la vie de plusieurs femmes. J’ai fini par comprendre que le moyen le plus efficace pour à la fois vaincre la peur et séduire, c’est la parole. Mais c’est en vivant au Québec et en ayant l’occasion de m’exprimer librement que l’envie de parler est devenue pour moi plus qu’une urgence, le désir de vivre pleinement. Il était indispensable pour moi de quitter mon pays natal, malgré mon amour pour la Tunisie et pour ma famille. J’avais besoin de vivre dans un pays qui me permet d'évoluer plus rapidement. Car je crois que le rôle d’un artiste, c’est surtout de « faire bouger la mer gelée en nous », comme disait le poète autrichien Rainer Maria Rilke. En osant dire ce que l’on pense, non seulement on se libère, mais on inspire aussi les autres à se libérer. C’est bien le rôle de l’artiste. Le spectacle d’humour, Arabe et cochonne bio, je l’ai créé pour dire haut et fort ce que je pense : pour changer les choses, il ne suffit pas de marquer sa présence, il faut aussi s’inscrire dans l’histoire. Et pour s’inscrire dans l’histoire, il faut d’abord croire en soi, prendre des grands risques et oser. Quand je rencontre des jeunes filles qui me disent « tu es une inspiration pour nous », ça me réjouit tellement… mon rêve d’artiste est en partie réalisé!